Lorsqu’on traverse l’épreuve d’une maladie, surtout si elle est grave ou longue, notre perception du temps et de notre propre histoire peut profondément changer. La mémoire se fragmente parfois, ou au contraire, elle devient un refuge dans lequel se replonger pour retrouver du sens. Se souvenir de sa vie avant, pendant et après la maladie n’est pas seulement un effort de mémoire ; c’est un acte essentiel pour reconstruire son identité, transmettre un vécu à ses proches et reconnaître la richesse de son parcours.
Pourquoi la maladie bouleverse notre rapport à la mémoire
Une maladie, surtout chronique ou grave, peut bouleverser notre manière de nous raconter. Les traitements, les hospitalisations, l’attente, l’incertitude, tout cela fragmente le fil de notre vie. Il est fréquent que des patients ressentent une perte de repères temporels : avant la maladie, puis cette parenthèse douloureuse et floue, puis éventuellement l’après, souvent vécu comme une renaissance ou une redéfinition de soi.
En outre, la maladie peut affecter directement la mémoire. Certaines chimiothérapies, par exemple, provoquent ce que l’on appelle parfois le « chemobrain », une forme de brouillard mental. Le stress, l'anxiété ou la fatigue chronique altèrent également la capacité à se remémorer les événements avec clarté.
Créer un fil conducteur pour relier les souvenirs
L’un des meilleurs moyens de garder un lien avec son histoire de vie est l’écriture. Écrire permet de poser, d’organiser, d’interpréter les événements. Cela peut prendre la forme d’un journal intime, de lettres adressées à ses enfants ou petits-enfants, ou encore d’un recueil structuré de souvenirs personnels.
Le livre "Raconte-moi ton histoire" propose justement un cadre bienveillant et guidé pour cela. Sans forcer les mots, il invite chacun à raconter les différentes étapes de sa vie à l’aide de questions inspirantes. Ce peut être un formidable outil pour une personne en convalescence ou en période de rémission — ou même dès l’annonce d’un diagnostic — pour ne pas laisser la maladie effacer le reste de son histoire.
Définir les jalons : avant, pendant et après
Pour retrouver le fil, il est utile de poser des jalons concrets :
- Avant la maladie : Qui étais-je ? Quelles étaient mes priorités, mes activités, mes relations ?
- Pendant la maladie : Qu’est-ce que j’ai ressenti ? Qu’est-ce qui m’a aidé à tenir ? Quels souvenirs ai-je de cette période ?
- Après : Comment ai-je changé ? Que signifie aujourd’hui la « santé » pour moi ? Quelles traces cela a laissé en moi et dans mes relations ?
Cette structuration est d’autant plus précieuse lorsqu’on souhaite transmettre son histoire à ses enfants ou petits-enfants. Raconter ses réflexions et émotions liées à la maladie peut aider les plus jeunes à mieux comprendre leur histoire familiale et à appréhender la fragilité de la vie avec davantage de douceur.
S’appuyer sur les souvenirs tangibles pour reconstruire la narration
Photographies, lettres, objets personnels, chansons entendues dans la salle d’attente ou repas partagés pendant la convalescence… Ces éléments sensoriels et émotionnels peuvent devenir de véritables déclencheurs de souvenirs.
Faire une boîte à souvenirs, trier ses albums ou choisir des morceaux de musique marquants sont autant de moyens de reconnecter avec l’avant ou même de poser une empreinte pour ceux qui viendront après.
Certains choisissent de recueillir aussi le témoignage de leurs proches : conjoint, enfants, infirmiers ou amis. Leur regard extérieur peut enrichir la compréhension de ce que l’on a traversé. Dans cette dynamique, il peut être précieux d’offrir un espace d’expression à un proche en convalescence.
Le récit de vie comme outil de résilience
Donner du sens à ce que l’on a vécu ne guérit pas le corps, mais cela participe souvent à soigner l’âme. Mettre des mots sur ce qui fait mal ou sur ce qui a été découvert en soi peut favoriser une forme de paix intérieure. Ce travail de récit est d’ailleurs utilisé en soins palliatifs, en oncopsychologie ou en groupes de parole thérapeutique.
Comprendre le processus de résilience à travers un récit de vie montre que cette approche est bien plus qu’un exercice personnel : c’est aussi un acte d’ouverture vers autrui, un pont entre générations, une trace précieuse.
Les mots sont puissants, et ils le sont d’autant plus lorsqu’ils restent. Le livre "Raconte-moi ton histoire", avec ses pages à compléter, peut devenir un confident, un compagnon de route durant la maladie, et un héritage pour ceux que l’on aime.
Transformer un vécu en ressource pour les autres
Beaucoup de personnes qui traversent une maladie choisissent, consciemment ou non, de transformer leur expérience en ressource pour leur entourage. Cela peut passer par un témoignage public, un engagement associatif… ou simplement en racontant leur parcours de santé avec sincérité dans un cadre plus intime.
Cette transmission permet aussi à la souffrance de se muer en quelque chose de constructif. Sublimer un combat personnel en héritage familial transforme ce qui a été difficile en un récit porteur d’enseignements et de force pour les générations suivantes.
Se souvenir de sa vie avant, pendant et après la maladie, c’est donc bien plus que sauvegarder des moments : c’est se réapproprier son histoire, la rendre lisible, humaine, partagée. Et parfois, ces souvenirs deviennent même des guides précieux pour les autres. Car dans chaque vie se cachent non seulement des épreuves, mais aussi des sources d’inspiration.